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Figuration Aborigène
dès le 15 avril 2010

La transmission des savoirs traditionnels aborigènes emprunte diverses formes, correspondant aux sensibilités particulières des communautés. L’écriture picturale des artistes d’Ampilatwatja utilise également le « pointillisme » mais la langue et la perception des valeurs à transmettre et à perpétuer sont différentes.

Description

La transmission des savoirs traditionnels aborigènes emprunte diverses formes, correspondant aux sensibilités particulières des communautés. La Galerie CLEMENT à Vevey a largement exposé les peintures des artistes d’Utopia et des Pintupis caractérisées par des formes géométriques symboliques constituées de points de couleurs. L’écriture picturale des artistes d’Ampilatwatja utilise également le « pointillisme » de base mais la langue et la perception des valeurs à transmettre et à perpétuer sont différentes.

Communauté du centre de l’Australie, les Ampilatwatja défendent vigoureusement leur écriture figurative du bush, des plantes médicinales vitales et du voyage des ancêtres. Figuration ne signifie pas ici naturalisme ou réalisme, mais représentation à la fois matérielle et métaphysique. Les proportions et les couleurs des sujets sont chargées de sens plus ou moins lisibles pour l’œil occidental, qui doit oublier toute référence au paysage romantique ou impressionniste. Cependant cette peinture se révèle accessible à l’esprit intuitif et sensible à la poésie.

PAYSAGES AÉRÉS

Ces peintures réalisées à même le sol restituent une vue de haut sur le paysage, signifiant bien la philosophie de base des Aborigènes qui s’incluent dans le monde à égalité de nature avec les plantes, la terre et les animaux, tous dotés de matière et d’âme. Vibrants de la multitude de points posés au bâtonnet sur des fonds plus sombres, les visions du bush présentent les arbres au tronc mince et blanc, des points vifs de fleurs, des touffes de spinifex drus et piquants, des termitières oblongues, des traversées bleues de rivières souterraines et à l’horizon des chaînes de collines ou de montagnes. Ces crêtes, qui ne correspondent dans la réalité qu’à de modestes rochers, ont un caractère mystérieux, en dépit du trait vif et précis de leurs contours, pouvant suggérer les grottes où sont pieusement conservés les os des ancêtres.

Aisément lisibles au premier abord, ces paysages paisibles et aérés, de couleurs douces, d’atmosphère emplies de tendresse pour la terre maternelle, sont subtilement nuancés par la densité ou la valeur des points. On distingue, en prêtant attention, des courants bleutés d’eau plus profonde, des reliefs et des natures différentes de terre, des mouvements d’eau dans les petits lacs. On constate également sur quelques toiles des plantes d’un gabarit sans proportion avec l’arbre tout proche. Ainsi telle plante aux tiges rayonnantes aux fleurs jaunes est une plante médicinale particulièrement importante et vitale pour la région.

ÉCORCES TOTÉMIQUES

Une autre forme de figuration, produite par les artistes d’Arnhem, du nord de l’Australie luxuriant et marécageux, s’inscrit sur des écorces d’eucalyptus, « bark », en tracés fins d’ocre. Ce sont des figures totémiques de serpents, tortues, poissons, kangourous, échidnas représentés selon la technique dite des rayons X, montrant les organes des animaux et le tracé didactique du dépeçage. Ces chasseurs sédentaires associent à l’image de leurs proies, sacs, flèches et haches ainsi que les esprits « mimi » qui accompagnent hommes et bêtes. On trouve également l’esprit des nuages, symbole de fertilité, et l’esprit de « Bunba », fleur mortuaire qui nourrit l’esprit des morts. Les hachures fines, « rarrk », qui recouvrent les animaux représentent la signature de chaque famille et reprennent les peintures corporelles effectuées lors des cérémonies d’initiation et des fêtes rituelles. On retrouve également ces images d’animaux et d’hommes dans les peintures pariétales des grottes. Tout comme dans les paysages des artistes Ampilatwatja, la beauté artistique des « bark », qui séduit le public non aborigène, n’est qu’un aspect de la haute valeur symbolique de la proximité naturelle que les Aborigènes perçoivent avec les autres vivants.

Figuration admirable d’art et de subtilité qui conduit le regard et l’esprit dans une toute autre dimension, archaïque selon certains, mais essentielle et salvatrice de l’existence

Mireille Callu 4.2010

Quelques oeuvres
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Louise Luck Apwerl
"My Country"
121 x 91 cm