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Sol Glissant...

Jusqu'au 18 juin 2011

Dernière exposition à la Rue des Deux-Marchés 34.

Il est temps de continuer l’aventure autrement. Afin de valoriser vos choix et les nôtres, nous allons nous consacrer à la réalisation du catalogue de notre collection.

Le stock des oeuvres tendues est encore disponible jusqu'au 18 juin 2011.

Description

Curateur de l’exposition : Jean-Marie Reynier

La forêt, dans la littérature du moyen âge, fut toujours symbole de changement et modification humaine.
Dante Alighieri, dans la « Divina Commedia » (Italie 1300) va s’y retrouver, en perdant le droit chemin. Orlando, dans le « Orlando Furioso » de Ariosto (Italie 1500) ,devient fou dans celle-ci, à la vision, gravée dans l'écorce d'un arbre, du nom de son amour joint à celui d’un autre homme.
Les personnages du « Castello dei destini incrociati » de Italo Calvino (Italie, 1973) perdent la parole en la traversant, avant de se retrouver tous dans une salle de château et de ne pouvoir s’exprimer qu'avec les symboles des tarots…

La forêt, dans la vie, est cet endroit qui nous occupe l’esprit, un lieu qui nous fait de l’ombre, habité par des créatures extraordinaires, et qui peut nous perdre…
C’est là que l’on se trouve lorsque l'on décide de changer de chemin, de suivre le plus difficile, le sentier qui monte, et pas la route qui descend. C’est là que l’on se trouve quand on veut choisir pour son propre bien, et par conséquence pour celui des gens qu’on aime.

Une forêt de signes, voilà ce qui est évident dans les peintures aborigènes ici présentes. Et les signes ne sont pas forcément ceux que l’on croit.
Il est trop facile de rentrer dans le langage aborigène avec comme bagage la peinture occidentale ; ceci nous guiderait seulement dans la direction du geste, en oubliant la force du signifiant.
Devant une peinture d’Australie, on est sous tension, car on ne peut que maladroitement la confronter à l’apparence de ce qui nous est familier au premier degré.

Changeons donc notre optique.
Parlons littérature.
Chacune de ces peintures nous raconte une histoire, comme dans un livre de contes et de mythes, et comme telle elle n’est pas forcément peinte ; elle est plutôt dite.
Dire ... Ne pas forcément énoncer, ne pas forcément communiquer, mais dire: ce verbe nous guide dans une forêt située devant les portes de l’enfer.

Nous revoici donc à la Divine Comédie de Dante Alighieri, et son voyage dans le temps, en spirales et à la verticale.
Ce texte classique est le parfait exemple de l’expression mythologique d’une époque dite, d’une époque parlée (ne serait-ce que par le fait que c’est le premier texte de l’histoire italienne écrit en langue vulgaire et non en latin).

Dante se trouve perdu, au milieu de sa vie (nel mezzo del cammin di nostra vita…) , il rencontre Virgile qui le prend par la main et le guide à la découverte de la métaphysique. Dans ce voyage, qui passe de l’enfer au paradis, Dante descend en spirale dans les girons créés par la chute de Lucifer, puis gravit la montagne du purgatoire pour monter dans les cieux et revenir changé sur terre.
Il rencontre dans son Odyssée une multitude de gens, damnés, bénis, en attente… une multitude d’histoires de vie, une immensité de signifiants.
Chacune de ces rencontres est un point littéraire dans la narration, mais aussi un point physique dans l’histoire de l’humanité ; un péché, un mérite, une partie de notre vie et de la vie du monde.
Cette narration se développe dans plusieurs chants, et chacun parle d’une partie précise de l’homme, ainsi que de l’histoire. Dante voyage en spirale pour descendre jusqu’à Lucifer, remonte en spirale dans le purgatoire et voyage dans les cercles du paradis…

Nous voici dans un lien ouvert et inattendu à l’art aborigène. D’où viennent ces points, ces lignes, ces cercles, sinon d’une responsabilité territoriale qui suggère aux détenteurs de cette dernière une nécessité de raconter une histoire tellement ancienne qu’elle devient actuelle et universelle ?

Les toiles d’Ada Bird Petyarre, posées ainsi par terre suggèrent autant le coté factuel et la superposition des narrations…
Voici donc un point qui devient une cartographie de points, en profondeurs, en apesanteurs…
Il ne faut pas tomber dans le côté sexy de la couleur pour apprécier tout ce qui nous vient d’en bas, car ainsi le sol devient glissant… On ne doit pas perdre le contact avec la terre, car celle-ci peut nous faire tomber bien plus bas qu’elle-même…

Nous voici devant cette responsabilité territoriale dont je parle plus haut, mais elle est déplacée dans nos territoires, ceux du mental, ceux de la métaphysique, ceux de la mémoire…
Et pour entreprendre ce voyage il nous faut juste trouver nos guides, nos Virgile…
Nos gens du voyage…
Nos conteurs de fortune…
Nos mémoires…
Nos lieux.

Jean-Marie Reynier (Marseille 1983, vit et travaille à Essertines sur Rolle) est artiste et curateur. Membre I.C.O.M. (International Council of Museums, UNESCO)
Formé entre la taille-douce et la sociologie des medias il finit sa thèse sur Paris Hilton et la modernité liquide à l’université de Genève dans le cadre du C.C.C. (programme d’études Critical, Curatorial, Cybermedia). Il est curateur indépendant pour plusieurs espaces et galeries en Suisse et directeur des « I Sotterranei dell’Arte » à Bellinzona.
Consultant et curateur pour les éditions Notari de Geneve il a entre autres inventé la collection « Qu’Art est » en publiant J. Chessex, M. Müller, J. Roman, L. Carroll…
Il a collaboré à des projets internationaux avec le F.R.A.C. Auvergne, la Shedhalle de Zurich, le Centre Culturel Suisse de Rome et il collabore régulièrement avec la revue d’art contemporain Daté.
Comme artiste, suite à nombreuses expositions en solo il collabore maintenant exclusivement avec sa compagne Andréanne Oberson avec qui il à fondé le collectif indigène qui expose régulièrement en Suisse et en Europe.
Il assure mener une vie exemplaire.

Quelques oeuvres
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Ada Bird Petyarre
"Body Paint"
120 x 150 cm